Cardiopathies chez le Terre-Neuve (3/3)

La sténose pulmonaire
Elle se rencontre dans toutes les races, particulièrement les brachycéphales, et aussi chez le Terre-Neuve et le Landseer.
Il s’agit d’un rétrécissement au départ de l’artère pulmonaire, au niveau de la valve pulmonaire.
Elle provoque un souffle cardiaque, déjà audible lors de l’auscultation du chiot lors de sa première visite à deux mois. L’aire d’auscultation de ce souffle systolique se situe légèrement plus en avant et plus vers le sternum que le souffle de la sténose aortique, avec un souffle moins rugueux.

Lors de sténose peu sévère, le chien mène une vie parfaitement normale, sans symptômes.
Lors de sténose importante, les symptômes sont ceux d’une insuffisance cardiaque droite : essoufflement, ascite, survenant d’autant plus tôt que le rétrécissement est important.

Le diagnostic se fait à l’échocardiographie et au Doppler : la norme générale retenue pour la vélocité maximale au niveau de la valve pulmonaire, légèrement variable selon les races, est de 1,6 m/s. Il n’y a pas de traitement médical, si ce n’est celui de l’insuffisance cardiaque lorsqu’elle est présente.

Un traitement chirurgical existe lors de sténose sévère (dilatation de la valve par une sonde à ballonnet). Nous avons ainsi eu le cas d’un Terre-neuve qui présentait une sténose pulmonaire avec une vélocité pulmonaire de 4,5 m/s à 2 mois. Il a développé une insuffisance cardiaque droite sévère à 18 mois, avec une ascite.
L’opération (dilatation par ballonnet de la sténose), réalisée à l’unité de cardiologie de l’École Nationale Vétérinaire d’Alfort (ENVA), a permis de dilater suffisamment la zone sténosée pour faire disparaître les signes de l’insuffisance cardiaque.

La dysplasie de la valve tricuspide
C’est une anomalie de développement de cette valve située entre l’atrium droit et le ventricule droit.
Cette cardiopathie congénitale provoque au bout de quelques années (souvent 3- 4 ans) une insuffisance cardiaque droite avec épanchement abdominal (ascite cardiaque).
Le souffle, systolique, sera plus audible à droite du thorax.

La dysplasie de la valve mitrale
C’est une anomalie du développement de cette valve située entre l’atrium gauche et le ventricule gauche. Elle provoquera une insuffisance cardiaque gauche (essoufflement, toux, oedème pulmonaire). Cette affection donne un souffle cardiaque systolique apexien gauche.

Autres cardiopathies congénitales
Communications inter-atriales, interventriculaires cardiopathies associées

La cardiomyopathie dilatée
La cardiomyopathie dilatée est la plus fréquente des affections cardiaques chez le Léonberg, avec une transmission héréditaire probable, mais elle est en revanche plus rare chez le Terre-Neuve.
C’est une cardiopathie acquise, c’est à dire qu’elle n’est pas présente à la naissance (au contraire d’une cardiopathie congénitale, elle apparaît chez le chien adulte).

La cardiomyopathie dilatée est une dilatation des cavités cardiaques, secondaire à une défaillance de la contractilité du muscle cardiaque (myocarde). Ainsi,la perte de contractilité augmente la quantité de sang présent dans les cavités cardiaques après la systole ventriculaire (contraction des ventricules), ce qui aboutit à leur dilatation.
La «pompe cardiaque» n’assure plus alors correctement sa fonction, et on . l’installation parfois brutale d’une insuffisance cardiaque congestive: fatigabilité, essoufflement, œdème pulmonaire, épanchements (thoracique et abdominal).

Nous ne parlerons pas des autres cardiopathies acquises, soit parce qu’elles ne concernent pas le Terre-Neuve (maladie mitrale des petites races), soit parce qu’elles ne sont pas héréditaires (endocardites…)

Diagnostic des cardiopathies: quand et comment les dépister ?

*   Lors de l’examen clinique réalisé sur les chiots à l’âge de 2 mois au moment de la vaccination et de l’identification, une auscultation attentive permet de dépister la plupart des cardiopathies congénitales héréditaires (car la plupart de celles qui nous intéressent donnent un souffle cardiaque). De plus, les caractéristiques du souffle cardiaque (localisation, intensité, moment par rapport au cycle cardiaque, tessiture), permettent déjà de suspecter de quelle cardiopathie il s’agit.

*  A partir de l’âge de 15 mois, l’échocardiographie permet de s’assurer, avec une sensibilité bien meilleure que la seule auscultation, qu’un chien destiné à la reproduction n’est pas atteint d’une cardiopathie congénitale. L’Interprétation des clichés par le lecteur officiel permet de valider l’examen, et d’apporter ainsi une certification.

*  Pour les races où les cardiopathies acquises sont fréquentes (cardiomyopathie dilatée chez le Leonberg et le Dogue de Bordeaux, fibrillation atriale idiopathique chez l’lrish Wolfhound…), l’examen doit être renouvelé tous les 18 mois. En revanche, pour le dépistage des cardiopathies congénitales (cas aujourd’hui du Terre-Neuve et du Landseer), un seul examen à partir de l’âge de 15 mois suffit. Bien sûr, si des cas de cardiomyopathie dilatée étaient relevés dans une lignée, le dépistage de cette affection deviendrait alors recommandé.

Conclusion

Quelle place accorder aux examens complémentaires («examens de dépistage») ?

Parfois, les examens de dépistage sont vécus comme une épreuve par l’éleveur, et plusieurs se disent: «l’échocardiographie? Encore une contrainte de plus imposée par le Club! Une dépense supplémentaire (dans un contexte économique difficile, le bilan comptable d’un élevage se traduisant plus souvent par un déficit qu’un bénéfice…), alors que je n’ai jamais eu de problèmes cardiaques sur mes chiens.» A l’inverse, d’autres éleveurs ne jurent que par les examens de dépistage, jusqu’à presque oublier le reste, et pensent que la «réussite» à ces examens (indemne de dysplasie de la hanche et du coude, indemne de cardiopathie, indemne de cystinurie…) sont autant de diplômes faisant de leur chien un bon reproducteur.

Les examens de dépistage restent des examens complémentaires, c’est à dire qu’ils viennent en complément du reste, qui est essentiel. Tout l’art de l’éleveur est de bien connaître les défauts et les qualités d’une lignée: le type, le caractère, l’aptitude au travail, la fonction, la santé, la longévité, les qualités de reproduction… et de réaliser des mariages bien pensés, pour préserver (c’est déjà bien), voire améliorer la qualité du cheptel… tout en se préoccupant à tout instant du bonheur des chiens vivant à ses côtés (et c’est sans doute là le plus important). Chaque éleveur est soucieux de préserver, et même d’améliorer la santé du cheptel. Certaines affections peuvent échapper à son œil expert; les examens complémentaires ont alors leur place pour l’aider à ne pas propager certaines affections, et c’est le cas de l’échocardiographie pour le dépistage des cardiopathies congénitales chez le Terre-Neuve, dont il faut enrayer le développement.

 

Sébastien MIRKOVIC – Vétérinaire
Article paru dans »Terre-Neuve & Landseer Magazine » 3/2010

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