Cardiopathies chez le Terre-Neuve (2/3)

Quelles sont les cardiopathies fréquemment rencontrées chez le Terre-Neuve?

Ce sont essentiellement des cardiopathies congénitales, c’est à dire présentes dès la naissance. Les plus fréquemment rencontrées chez le Terre-Neuve sont les suivantes, toutes héréditaires:

  • la persistance du canal artériel
  • la sténose sous-aortique
  • la sténose pulmonaire
  • et plus rarement, la dysplasie de la valve mitrale ou de la valve tricuspide (avec une héritabilité sans-doute bien moindre)

L’incidence de ces cardiopathies congénitales est bien plus élevée chez le Terre-Neuve que chez les autres chiens de montagne. En revanche, les cardiopathies acquises héréditaires, et en particulier la cardiomyopathie dilatée (fréquente chez le Leonberg) semblent bien plus rares chez le Terre-Neuve.

La persistance du canal artériel

Cette affection se rencontre le plus fréquemment chez le Berger des Pyrénées et le Terre-Neuve. Chez le Terre-Neuve, nous avons ainsi diagnostiqué une dizaine de chiots atteints ces 6 derniers mois, et une recherche génétique a été initiée. Le canal artériel est une communication  entre l’aorte et l’artère pulmonaire, sous forme d’un canal, qui existe normalement chez le fœtus, et qui permet le shunt d’une partie du sang éjecté dans les poumons directement dans l’aorte, pour n’envoyer dans les poumons que le sang nécessaire à leur vascularisation, puisqu’ils n’ont pas encore un rôle d’oxygénation de l’organisme.
Ce canal se ferme normalement à la naissance, lorsque le poumon se remplit d’air. Lorsque ce canal artériel persiste, une partie du sang éjecté dans l’aorte repart dans l’artère pulmonaire,ce qui provoque des symptômes d’insuffisance cardiaque et la mort en un à deux ans en moyenne L’auscultation est suffisante pour le diagnostic, puisqu’il s’agit du seul souffle qui s’entend à la fois en systole et en diastole (contraction et relâchement du cœur); son aire d’auscultation maximale est à gauche, très crânialement; il donne un frémissement cataire (thrill) facilement palpable quand on plaque la main sous l’avant du thorax du chiot.

L’échocardiographie permet de confirmer le diagnostic (tir doppler continu dans le canal, et mise en évidence au doppler couleur d’un jet arrivant dans le tronc pulmonaire en diastole), et surtout d’évaluer la gravité du stade (dilatation atriale, ventriculaire, sens du shunt).

Le traitement est chirurgical: il consiste à ligaturer le canal artériel. Cette opération, lorsqu’elle est possible, et réalisée pas trop tardivement, donne des résultats excellents: disparition du souffle et vie normale.

La sténose sous-aortique

Elle fait depuis plusieurs années l’objet d’un programme de dépistage systématique des reproducteurs chez le Boxer (car c’est une affection héréditaire), mais elle se rencontre aussi fréquemment dans d’autres races: Golden retriever, et aussi le Terre-neuve et le Landseer…

coeurII s’agit d’un rétrécissement entre la chambre de chasse du ventricule gauche et l’aorte : lorsque le ventricule gauche se contracte, le sang est éjecté à travers un orifice rétréci, ce qui provoque des turbulences et donc un souffle cardiaque. Ce souffle cardiaque peut s’entendre dès l’âge de 2 mois, lors de la première vaccination du chiot, mais dans les cas peu sévères il peut s’entendre plus tard, jusqu’à 6 mois. Il s’agit d’un souffle systolique, médiothoracique à gauche du thorax, plus rugueux que le souffle de sténose pulmonaire.

 

La gravité de la maladie est fonction de l’importance de la sténose (elle même proportionnelle à l’intensité du souffle cardiaque): les cas peu sévères mènent une vie parfaitement normale, alors que les cas sévères présentent syncopes et une mort brutale, parfois avant un an.

Le diagnostic se fait à l’échocardiographie: on observe alors le rétrécissement sous la forme d’un anneau voire d’un tunnel fibreux en amont de la valve aortique, ou bien sous la forme d’un bourrelet musculaire gênant l’éjection du sang venant du ventricule gauche, ou encore, plus rarement, d’un rétrécissement au niveau même de la valve aortique ou bien sous la forme d’un bourrelet musculaire gênant l’éjection du sang venant du ventricule gauche, ou encore, plus rarement, d’un rétrécissement au niveau même de la valve aortique.

L’examen au doppler continu et au doppler puisé permet de mesurer la vélocité du flux sanguin au niveau de la valve aortique; lors de sténose, cette vélocité, normalement inférieure à 2 m/ s (environ), augmente, jusqu’à 3,4, voire dans les cas très sévères plus de 6 m/s, de la même manière que le jet sortant d’un tuyau d’arrosage part plus vite et plus loin, avec du bruit, quand on pince l’extrémité du tuyau.
Le doppler puisé permet aussi de voir le caractère laminaire du flux (normal), ou turbulent (lors de sténose).
Le doppler couleur permet aussi de noter les turbulences, et leur localisation (maximales juste après la sténose). Il n’y a pas de traitement médical (sauf lors de troubles du rythme, et dans les rares cas d’insuffisance cardiaque gauche), ni de traitement chirurgical.

 

Retrouvez bientôt le dernier volet sur les cardiopathies…

Sébastien MIRKOVIC – Vétérinaire
Article paru dans »Terre-Neuve & Landseer Magazine » 3/2010

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