Cardiopathies chez le Terre-Neuve (1/3)

Pourquoi un dépistage des cardiopathies chez le Terre-Neuve ?

Les cardiopathies congénitales apparaissent plus fréquentes aujourd’hui chez le Terre-Neuve que chez les autres races de chiens de montagne; un dépistage des reproducteurs peut permettre d’en diminuer l’incidence.

Avant de voir quelles cardiopathies sont rencontrées, et doivent être recherchées, faisons un tour d’horizon de la santé du Terre-Neuve, avec ses particularités par rapport aux autres races de même format, que l’on regroupe sous le nom de « chiens de montagne » (même si l’origine du Terre-Neuve est
fort différente).

Commençons par le point fort de la santé du Terre-neuve, sa longévité. Alors qu’un nombre beaucoup trop élevé de Leonbergs meurent avant d’être vieux d’un ostéosarcome (cancer des os, avec très probablement une composante génétique -recherches en cours au CNRS), alors que de nombreux Bouviers bernois meurent précocement d’une histiocytose maligne (encore un cancer familial dont le support génétique est aussi recherché par la même équipe du CNRS), alors que bien trop de Dogues sont atteints de lymphome (cancer des ganglions), le Terre-Neuve atteint fréquemment l’âge de 12 ans, voire 14 et parfois 15 ans!

Cette qualité rare dans les races de grand format doit être préservée, en recherchant les lignées épargnées par les cancers – même si elles ne sont pas à la mode, et en privilégiant le choix de reproducteurs issus de lignées à longévité élevée et ne présentant pas de signes de vieillissement prématurés.

Cardiopathie acquise ou congénitale?

Une cardiopathie est dite congénitale lorsqu’elle est présente dès la naissance. Elle sera donc diagnostiquée avant la cession du chiot. Une cardiopathie est dite acquise lorsqu’elle n’est pas présente à la naissance, mais qu’elle se développe au cours de la vie de l’animal.
Noter qu’une cardiopathie congénitale ou acquise peut être héréditaire (déterminée par le patrimoine génétique transmis par les parents), ou non («accident» au cours de la formation du fœtus, influence de facteurs externes…)

Préambule

Une autre qualité du Terre-neuve par rapport aux autres chiens de montagne est d’avoir en moyenne moins de défauts d’aplombs et de construction en général (avec les allures qui en découlent). Qualités là aussi à préserver.

Tour d’horizon des points faibles de la santé du Terre-Neuve

Le programme de sélection doit veiller à améliorer la santé du cheptel. Faisons un tour d’horizon des points à surveiller plus particulièrement dans la race.
L’incidence de la dysplasie coxo-fémorale est dans la moyenne de ce qui se rencontre chez les autres chiens de montagne. La dysplasie de la hanche est loin d’être la première cause de boiterie chez le Terre-Neuve, mais son caractère parfois très invalidant fait qu’elle est recherchée (radiographie).

Le Terre-Neuve est l’une des races (avec le Bouvier Bernois) où l’incidence de la dysplasie du coude est la plus élevée, avec de très nombreuses consultations pour boiterie (heureusement rarement très invalidante). Le dépistage de la dysplasie du coude est ainsi au moins aussi essentiel que celui de la dysplasie de la hanche. Certaines lignées de Terre-Neuve présentent une incidence élevée de luxation de la rotule (survenant entre 2 et 3 mois, et d’évolution souvent dramatique sans opération), et d’autres un nombre élevé de cas de rupture du ligament croisé: une composante héréditaire est très probable pour ces deux affections. Attention au risque d’incontinence urinaire (et de pelage laineux devenant difficile à entretenir) chez la femelle Terre- Neuve stérilisée précocement; on s’écarte là des affections héréditaires, mais il faut connaître ce risque avant de décider une éventuelle stérilisation de convenance…

Je n’ai pas encore vu de calculs de cystine chez des Terre-Neuve (plus fréquente dans d’autres races comme le Bulldog), mais le dépistage est simple, et la lutte contre cette affection ne réduit pas le pool génétique; il est impératif qu’un chien porteur soit accouplé à un chien sain, le but étant de n’avoir que des chiots non malades. (On rencontre en revanche une incidence élevée d’infections urinaires à Proteus mirabilis, avec souvent des cristaux phospho-ammoniaco-magnésiens, et parfois des problèmes de reproduction associés.)

D’autres affections héréditaires sont rencontrées: quelques cas d’uretère ectopique, un cas d’hémophilie sur les mâles d’une portée, et de nombreux cas d’entropions. Enfin, avant d’aborder notre sujet, les affections cardiaques, et en particulier les affections cardiaques congénitales qui font maintenant l’objet d’un programme de dépistage en raison de leur incidence de plus en plus élevée (par rapport aux générations précédentes et par rapport aux autres races), je souhaite terminer par un point souvent négligé par l’éleveur car jugé secondaire par rapport à d’autres affections plus médiatisées (dysplasie…), et qui pourtant gâche la vie d’un grand nombre de chiens et de leurs propriétaires: les affections cutanées.
Certains chiens sont réellement prédisposés à des pyodermites récidivantes, prenant l’aspect de hot spot voire de folliculite généralisée, avec aussi des otites. Une lutte drastique contre les parasites externes et un régime alimentaire adapté permettent de gérer un certain nombre de cas, mais il faut tenir compte de ce problème dans la sélection (en particulier dans les lignées avec beaucoup de sous-poil «laineux», les problèmes cutanés étant plus rares dans les lignées à poil plus luisant et moins fourni, certes moins spectaculaire après toilettage…

Les examens complémentaires ne doivent pas faire oublier l’essentiel…

Dans un élevage, les examens complémentaires (radiographies de dépistage de la dysplasie, échocardiographie, tests ADN…) ne doivent pas faire perdre de vue des choses encore plus essentielles dans la conduite de la sélection :

  • préserver les qualités de reproduction, pour que les races se transmettent de génération en génération: fertilité, saillie naturelle, accouchement aisé sont dès lors fondamentaux.
  • la fonction doit rester primordiale: un Terre-Neuve doit pouvoir accompagner son maître pour de longues balades, sans être essoufflé ou être gêné physiquement par une mauvaise construction ou des genoux arthrosiques par exemple.
  • un bon caractère, une longévité élevée sont aussi essentiels.

Le deuxième volet sur les cardiopathies sera diffusé dans quelques temps…

                                               Sébastien MIRKOVIC – Vétérinaire
Article paru dans »Terre-Neuve & Landseer Magazine » 3/2010

One thought on “Cardiopathies chez le Terre-Neuve (1/3)

  1. guilloton
    4 juillet 2015 at 13 h 11 min

    j’ai une chienne terre neuve elle a 11 ans elle est formidable c’est une race exceptionnelle elle se porte bien sauf la chaleur de ces derniers jours qui la font souffrir mais elle tient le coup heureusement elle a un tres bon cardiaque et elle reste au frais durant les heures les plus chaudes surtout ne pas hesiter à les doucher elle apprecie…

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